CIRDEL

Vidéosurveillance et municipales 2008

mardi 15 avril 2008 par admin

Lettre du CIRDEL aux candidats aux élections municipales de 2008 des villes videosurveillées

À Mmes et MM les candidats aux élections municipales dans l’agglomération lyonnaise.

Madame, monsieur,

Depuis plus de quatre ans déjà, le Centre d’Initiative et de Réflexion pour la Défense des Libertés développe son activité d’observation, d’évaluation, de dénonciation lorsque cela est nécessaire, de l’ensemble des dispositifs sécuritaires dont s’est, à tous les niveaux, doté l’Etat.

La prolifération massive d’installations de vidéosurveillance sur la voie publique, comme c’est le cas à Lyon et dans quelques autres communes de l’agglomération entre, à l’évidence, dans ce champ de réflexion. La mise sous caméras de milliers de personnes lors de leurs déplacements pose un problème démocratique de fond, relatif à la liberté individuelle.

A l’évidence, la généralisation de la vidéosurveillance remet en cause le droit à la liberté de circulation : l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme garantit la liberté d’aller et de venir ... Mince liberté : aujourd’hui, il est possible ( bientôt obligatoire ? ), pour une collectivité, de transférer les images directement vers les PC de police ou de gendarmerie. C’est ce qui ressort du rapport d’installation de la toute nouvelle Commission Nationale de Vidéosurveillance. Conséquence : la probable généralisation des caméras près des lieux fréquentés quasi obligatoirement par des sans papiers, sur le parcours des manifestations, ou encore là où se pratique éventuellement la manche...Celà n’est pas franchement de nature à favoriser la libre circulation des personnes. En revanche, le contrôle social, lui, ne s’en portera que mieux...

Et ce n’est pas terminé : le passage de l’analogique au numérique des systèmes, l’apparition et la multiplication des logiciels faisant appel à la biométrie, aux analyses comportementales, ouvrent la porte à de saisissantes perspectives quant à la multiplication et au croisement des fichiers.

La vidéosurveillance est très loin d’avoir fait ses preuves en matière de sécurité urbaine notamment dans le domaine essentiel de la prévention. Tous les indicateurs montrent que, dans le meilleur des cas, sa conséquence est de déplacer les lieux de délinquance (effet plumeau). L’Angleterre, pays le plus vidéosurveillé au monde, a fait ce constat, tout en pointant la multitude des dérapages possibles (le moindre n’étant pas de transformer chaque habitant, chaque passant, en suspect éventuel). En clair, il serait, selon les associations qui s’occupent du problème outre Manche, aussi difficile de prouver l’efficacité de la vidéosurveillance, que l’existence ou la non existence du monstre du Loch Ness...En revanche, elle n’a jamais dissuadé quiconque de se faire exploser avec sa bombe...

Par ailleurs, même si elle entraîne des dépenses exorbitantes, se chiffrant en millions d ’€ pour l’équipement et la maintenance, la vidéosurveillance s’avère éminemment rentable :

- au plan économique pour les promoteurs, les vendeurs, les installateurs des systèmes (souvent constitués en lobbies ). En 2004 le marché mondial de la VS était évalué à 54,7 millions de dollars, la progression estimée à 50 % par an, et pouvant atteindre donc 360 millions de dollars en 2009

- au plan budgétaire pour certaines collectivités : l’installation des réseaux permet de donner l’illusion d’une solution à leurs propres carences : politique d’aménagement urbain désertifiant les centre villes, constitution de ghettos dont les populations sont réputées dangereuses, abandon un peu partout de la présence humaine, corrélative au recul, au dépérissement des services publics....Croire qu’une caméra économise un employé dans une station de métro est prometteur de bien des désagréments.

Le plus préoccupant est qu’une telle pratique sous-entend une approche essentiellement répressive du fonctionnement de la ville et de la société. N’est-il pas dangereux de la soutenir ? Il s’agit, à l’évidence, d’un enjeu essentiel des prochaines élections municipales

C’est pourquoi nous souhaiterions vivement connaître votre position et vos intentions quant à ce problème ;

Nous ne manquerons pas, bien évidemment, de porter votre réponse à la connaissance de nos adhérents, ainsi que de toutes les personnes intéressées.

Vous remerciant par avance, nous vous prions de croire en notre très grande considération.

Des associations diverses ont fait part de leur réserve, voire de leur hostilité. La Rencontre du Collège d’Ethique de Lyon, le 17 novembre 2005, destinée à évaluer la vidéosurveillance s’est avérée être essentiellement une auto-justification. Elle a néanmoins permis à plusieurs de ces associations de s’exprimer, de poser leurs questions, voire d’indiquer leurs réserves.


admin

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