CIRDEL

Prostitution : lettre du CIRDEL aux maires du Grand-Lyon

samedi 20 septembre 2008 par CIRDEL

CIRDEL C/O LDH 5, place Bellecour 69002 Lyon

M. ou Mme le Maire de

Objet : Arrêté municipal du 20/05/08 concernant les personnes prostituées du quartier de Gerland et leur déplacement.

Madame, Monsieur,

Le CIRDEL est un collectif qui s’est constitué à l’initiative de plusieurs organisations après les élections présidentielles de 2002 sur la thématique des libertés publiques, en réaction à la mise en place des politiques sécuritaires dans notre pays.

Nous vous interpellons aujourd’hui au sujet de l’arrêté municipal pris le 20 mai 2008 par la Mairie de Lyon au sujet du stationnement des camionnettes d’un certain nombre de personnes prostituées exerçant leur activité dans le quartier de Gerland et plus particulièrement celui dit de "l’Artillerie", dans les 7ème et 8ème arrondissements de la ville. Cet arrêté interdit le « stationnement des véhicules équipés pour le séjour ou l’exercice d’une activité ne bénéficiant pas d’une autorisation exceptionnelle et temporaire »

Ces femmes se sont retrouvées à Gerland suite à leur expulsion du quartier de Perrache orchestrée par M. Le Préfet du Rhône le 13 juillet 2007. Dans la foulée, la Mairie de Lyon a voté l’arrêté municipal concernant ce quartier (le 30/07/07), pour les mêmes raisons qu’au mois de mai dernier. Elles s’étaient par ailleurs retrouvées à Perrache suite au premier arrêté municipal pris par la Mairie de Lyon en juillet 2002 au sujet de leur présence en centre ville, précédant de quelques mois le vote de la loi pour la sécurité intérieure pénalisant le racolage. La Mairie a donc voté 4 arrêtés municipaux en l’espace de 6 ans et mène localement à leur encontre une politique de répression qui est complémentaire à celle menée par l’Etat.

Qu’il s’agisse des arrêtés municipaux leur interdisant le centre ville comme en 2002, ou le stationnement depuis 2006, les personnes prostituées sont chassées de partout, de la ville comme des campagnes, et plus particulièrement depuis la loi pour la sécurité intérieure (LSI) du 18 mars 2003 qui pénalise le racolage. Elles sont désormais considérées comme des délinquantes et sont jugées indésirables. Elles sont donc l’objet d’arrestations quotidiennes des forces de police (Police nationale, police municipale, Police Aux Frontières, BAC, CRS et les diverses brigades de lutte contre le proxénétisme) au titre du racolage, de l’exhibition sexuelle, du stationnement, de la régularité du séjour, du proxénétisme... Elles sont également poursuivies pour de nombreux délits très mineurs (absence du port de la ceinture de sécurité dans le véhicule d’un client, traversée d’une voie de circulation en dehors du passage piéton, pénalisation d’une passe effectuée sur un terrain appartement à la SNCF...). La répression accentue leur vulnérabilité par rapport à leurs clients en ce qui concerne leur santé, mais aussi par rapport aux passants qui, se sentant dans l’impunité, les agressent fréquemment. Leur statut de délinquante et le stigmate qui pèsent sur elles les dissuadent fréquemment de déposer plainte.

Confrontées à la précarité, ces personnes exercent cette activité afin de rester indépendantes, notamment financièrement. Pour le coup, la répression, qu’elle soit du fait de l’Etat ou de la ville, les contraint à se prostituer davantage, plus longuement et dans de moins bonnes conditions, accentuant les éventuelles prises de risques et la transmission d’infections sexuellement transmissibles (IST)... ainsi que le développement de différentes formes de proxénétisme. Cette situation rend aussi plus difficiles les actions de prévention de l’association CABIRIA qui intervient auprès de ces personnes, et qui doit désormais se déplacer plus loin pour entrer en contact avec elles.

S’il n’est malheureusement ni possible ni envisageable de modifier la loi de sécurité intérieure à court terme, ou d’empêcher la police nationale de faire son travail répressif concernant le racolage, il convient tout de même de s’interroger sur les décisions répressives de la mairie à ce sujet. Les arrêtés municipaux pris à leur encontre ne font que déplacer le problème. Ils contentent les riverains inquiets de la "dévaluation du prix de l’immobilier dans leur quartier" occasionnée par la présence des prostituées et de leurs camionnettes. Mais inquiètent peut être aussi les autres maires d’arrondissements ou de municipalités proches de Lyon.

Compte tenu de cette situation, dans laquelle il n’est pas raisonnablement pensable de voir les personnes prostituées disparaître comme par enchantement, se profile donc à l’horizon la probabilité d’en voir migrer certaines dans d’autres villes de l’agglomération lyonnaise, ou du département, voire de la région. Dans l’éventualité d’une telle situation, prendriez-vous des mesures similaires à celles qui ont été prises jusqu’ici par Monsieur le Maire de Lyon ? Ne pensez-vous pas qu’il serait préférable et plus judicieux de développer des mesures de prévention et d’accompagnements médicosociaux en leur faveur ?

Le CIRDEL souhaite donc connaître votre position sur ce sujet s’il advenait que des personnes prostituées s’installent dans votre ville.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur le Maire, nos respectueuses salutations.

Pour le CIRDEL M.......

Voir en ligne : cabiria

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